Vous retournez un produit en magasin et tombez sur une liste d’ingrédients incompréhensible ? Cette nomenclature internationale, appelée INCI, suit des règles précises qui permettent de décrypter n’importe quel cosmétique. Voici comment la lire sans paniquer.
Pourquoi c’est en latin
L’INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) utilise des noms latins pour les ingrédients d’origine végétale ou animale non transformés. Cette convention internationale permet à un consommateur japonais, français ou brésilien de reconnaître les mêmes ingrédients, quelle que soit sa langue.
Prunus amygdalus dulcis oil désigne l’huile d’amande douce partout dans le monde. Rosa damascena flower wateridentifie sans ambiguïté l’hydrolat de rose de Damas. Cette standardisation évite les confusions et protège le consommateur.
Les ingrédients transformés chimiquement portent des noms anglais : glycerin pour la glycérine, sodium benzoate pour le benzoate de sodium. Les colorants suivent une codification numérique (CI suivi de chiffres) : CI 77891 correspond au dioxyde de titane, pigment blanc couramment utilisé.
Cette nomenclature reste obligatoire dans l’Union européenne depuis 1997. Elle garantit la transparence et permet aux personnes allergiques d’identifier rapidement les substances à éviter. Le nom commercial peut varier d’une marque à l’autre, mais l’INCI reste identique.
Pas besoin de maîtriser le latin pour comprendre une liste INCI. Quelques repères suffisent pour identifier les grandes familles d’ingrédients et évaluer la composition d’un produit.
Ordre des ingrédients (du + au -)
La règle fondamentale : les ingrédients apparaissent par ordre décroissant de concentration. Le premier ingrédient représente la plus grande part de la formule, le dernier la plus petite.
Dans une crème classique, aqua (eau) figure généralement en tête puisqu’elle compose 60 à 80 % de la formule. Viennent ensuite les corps gras (huiles, beurres), puis les émulsifiants qui lient l’eau et l’huile, puis les actifs et les conservateurs.
Cette hiérarchie permet d’évaluer rapidement la nature d’un produit. Si vous cherchez un soin nourrissant et que l’huile végétale arrive en cinquième position après plusieurs agents de texture, la promesse marketing ne correspond pas à la réalité de la formule.
Les ingrédients présents à moins de 1 % peuvent apparaître dans n’importe quel ordre après ceux dosés à plus de 1 %. Les conservateurs, parfums et actifs puissants se retrouvent souvent en fin de liste, ce qui ne diminue pas leur efficacité puisqu’ils agissent à faible dose.
Une liste longue n’est pas forcément synonyme de mauvaise qualité, ni une liste courte de pureté absolue. L’important reste de comprendre ce que contient majoritairement le produit et si cela correspond à vos attentes.
Familles : huiles, cires, conservateurs
Reconnaître les grandes familles facilite la lecture. Les huiles végétales portent le nom latin de la plante suivi de oil : Helianthus annuus seed oil (tournesol), Cocos nucifera oil (coco), Argania spinosa kernel oil (argan). Ces ingrédients nourrissent et protègent la peau.
Les beurres végétaux se terminent par butter : Butyrospermum parkii butter (karité), Theobroma cacao seed butter(cacao). Plus solides que les huiles à température ambiante, ils apportent consistance et nutrition.
Les cires naturelles incluent cera alba (cire d’abeille), Candelilla cera (cire de candelilla), Copernicia cerifera cera (cire de carnauba). Elles stabilisent la texture et créent un film protecteur.
Les hydrolats et eaux florales apparaissent comme flower water, leaf water ou simplement water précédé du nom latin : Lavandula angustifolia flower water.
Les conservateurs portent des noms chimiques anglais. Les plus courants en cosmétique conventionnelle : benzyl alcohol, potassium sorbate, sodium benzoate, dehydroacetic acid. Il existe aussi des conservateurs d’origine naturelle comme le Leuconostoc/radish root ferment filtrate, issu de la fermentation de racine de radis, ou le levulinic acid dérivé de sucres végétaux. Leur présence reste nécessaire dans les formules contenant de l’eau pour éviter la prolifération microbienne. Un produit sans conservateur se conserve peu de temps et nécessite des conditions de stockage strictes.
Les parfums se notent parfum ou fragrance. Cette mention cache une composition complète qui peut contenir des dizaines de molécules. La réglementation européenne impose de lister séparément les allergènes majeurs si leur concentration dépasse 0,001 % dans les produits à rincer et 0,01 % dans les produits sans rinçage. Parmi eux : linalool, limonene, citral, geraniol, citronellol.
Important : ces molécules ne signalent pas forcément l’ajout de parfum synthétique. Elles se retrouvent naturellement dans les huiles essentielles et les hydrolats. Une eau florale de lavande contient naturellement du linalool, une huile essentielle d’orange du limonene. Leur présence sur l’étiquette indique simplement que la concentration dépasse le seuil réglementaire et permet aux personnes sensibles d’identifier les produits à éviter.
Les émulsifiants permettent de mélanger l’eau et l’huile : cetearyl alcohol, glyceryl stearate, lecithin. Sans eux, pas de crème possible, juste une séparation entre phase aqueuse et phase huileuse.
« Sans… » : comment rester factuel
Les mentions « sans » envahissent les packagings : sans parabènes, sans silicones, sans sulfates, sans huile de palme. Ces allégations marketing jouent sur les peurs du consommateur sans toujours apporter d’information pertinente.
La réglementation européenne encadre strictement ces mentions. Selon le règlement cosmétique européen (CE) n°1223/2009, toute allégation doit être justifiable, véridique et ne pas induire en erreur. Une marque ne peut pas mettre en avant l’absence d’un ingrédient qui n’aurait de toute façon jamais sa place dans ce type de produit.
Afficher « sans parabènes » sur un baume anhydre (sans eau) relève du marketing creux : un produit sans eau ne nécessite pas ce type de conservateur. De même, « sans sulfates » sur une huile végétale pure n’apporte aucune information utile.
Ces mentions peuvent aussi masquer le remplacement d’un ingrédient décrié par un substitut tout aussi discutable. « Sans parabènes » ne signifie pas « sans conservateur » ni même « avec un conservateur plus doux ». Certains conservateurs alternatifs peuvent être plus allergisants que les parabènes autorisés.
Pour rester factuel, concentrez-vous sur ce que contient le produit plutôt que sur ce qu’il ne contient pas. Une liste INCI claire et courte, avec des ingrédients reconnaissables, vaut mieux qu’une accumulation de « sans » sur l’emballage.
Les labels (Cosmos, Nature & Progrès, Ecocert) offrent des garanties plus fiables que les auto-déclarations de marques. Ils imposent des cahiers des charges précis et des contrôles réguliers.
Si un ingrédient vous inquiète, renseignez-vous sur sa fonction et son dosage plutôt que de le bannir par principe. La dose fait le poison, et la présence d’une molécule à 0,01 % ne produit pas les mêmes effets qu’à 10 %.
La transparence honnête consiste à expliquer les choix de formulation plutôt qu’à jouer sur les peurs. Une marque qui détaille pourquoi elle utilise tel conservateur ou tel émulsifiant inspire plus confiance qu’une marque qui se contente d’afficher des « sans » sur son packaging.
Simplicité et transparence
découvrez nos produits à formules courtes, où chaque ingrédient a sa raison d’être. Des listes INCI lisibles, sans superflu.