La lavande officinale (Lavandula angustifolia) est l’une des plantes aromatiques les plus emblématiques de la Méditerranée. Cultivée depuis l’Antiquité pour ses propriétés médicinales et son parfum envoûtant, elle se décline aujourd’hui en plusieurs formes d’extraction : plante séchée, hydrolat et huile essentielle. Chaque mode de transformation offre des usages et des propriétés spécifiques.
Lavande fine, lavande vraie, lavande officinale : quelles différences ?
Ces trois appellations désignent la même espèce botanique : Lavandula angustifolia. Cependant, des distinctions importantes existent selon le mode de culture et l’origine géographique :
Lavande fine : lavande Lavandula angustifolia sauvage (issue de populations naturelles, non clonée). La lavande fine de Provence bénéficie d’une Appellation d’Origine Protégée (AOP) qui impose un cahier des charges strict : culture en France à une altitude supérieure à 800 mètres, dans une zone géographique délimitée. Cette altitude et ces conditions spécifiques concentrent les principes aromatiques et donnent une huile essentielle de qualité exceptionnelle.
Lavande vraie : terme générique pour toute lavande Lavandula angustifolia, quelle que soit son origine (France, Bulgarie, autres pays), son altitude ou son mode de culture (sauvage ou cultivée). C’est l’appellation botanique la plus large.
Lavande officinale : lavande Lavandula angustifolia cultivée par bouturage ou clonage. Cette méthode de multiplication végétative permet de reproduire des plants sélectionnés pour leurs qualités aromatiques et leur rendement. La lavande officinale peut être cultivée dans différentes régions, y compris hors de son aire méditerranéenne d’origine, comme en Normandie.
Dans cet article, nous utilisons « lavande officinale » car nous cultivons cette plante par bouturage dans la Manche, en agriculture biologique, en sélectionnant les meilleurs plants pour leur qualité aromatique.
Carte d’identité botanique
Nom latin : Lavandula angustifolia Mill.
Synonymes : Lavandula officinalis, Lavandula vera
Famille botanique : Lamiacées (anciennement Labiées)
Noms communs : Lavande officinale, lavande vraie, lavande fine (selon mode de culture)
Partie utilisée : Sommités fleuries (fleurs et extrémité des tiges)
Origine native : Bassin méditerranéen occidental
Zones de culture principales : Provence (France) traditionnellement, mais s’adapte dans d’autres régions comme la Normandie en culture par bouturage
Statut de conservation : Non menacée, largement cultivée
Description botanique
La lavande vraie est un sous-arbrisseau vivace qui peut atteindre 50 à 80 cm de hauteur. Ses tiges ligneuses portent des feuilles linéaires, étroites, de couleur gris-vert, persistantes et aromatiques. Les fleurs, regroupées en épis terminaux, présentent une couleur bleu-violet caractéristique et dégagent un parfum doux et fleuri.
Elle se distingue des autres lavandes par plusieurs caractéristiques botaniques :
- Un seul épi floral par tige (contrairement au lavandin qui en porte plusieurs)
- Feuilles plus fines que la lavande aspic
- Odeur plus douce et florale, moins camphrée que ses cousines
- Adaptabilité : bien qu’originaire de zones d’altitude méditerranéennes (600-1800m), elle s’acclimate dans d’autres régions tempérées comme la Normandie, à condition d’avoir un sol drainé et une bonne exposition
La floraison intervient entre juin et août selon la région et l’altitude. La plante apprécie les sols calcaires bien drainés et une exposition plein soleil. Sa résistance au froid (jusqu’à -15°C) et sa capacité d’adaptation en font une plante cultivable au-delà de son aire méditerranéenne d’origine.
Histoire et utilisations traditionnelles
L’usage de la lavande remonte à l’Antiquité. Les Romains l’utilisaient déjà pour parfumer leurs bains (le nom « lavande » dérive du latin lavare, laver). Au Moyen Âge, les monastères la cultivaient pour ses propriétés médicinales et sa capacité à éloigner les insectes des armoires à linge.
La Provence s’est spécialisée dans sa culture dès le XIXe siècle, transformant les paysages en vastes étendues violettes. La région de Grasse, capitale mondiale de la parfumerie, a fait de la lavande l’un de ses ingrédients phares.
Traditionnellement, la lavande s’employait :
- En sachets dans le linge pour le parfumer et repousser les mites
- En infusion pour favoriser la détente et le sommeil
- En friction pour apaiser les douleurs musculaires
- En fumigation pour assainir l’air des habitations
- En cataplasme sur les plaies pour favoriser la cicatrisation
Les différentes formes d’extraction et d’utilisation
Plante séchée
Procédé de séchage : La récolte s’effectue en début de floraison, lorsque les premiers épis commencent à s’ouvrir. Les tiges se coupent à la faucille ou aux ciseaux, puis se rassemblent en bouquets suspendus tête en bas dans un local sec, ombragé et ventilé. Le séchage complet prend 7 à 15 jours selon les conditions.
Une fois sèches, les fleurs se détachent facilement des tiges en frottant ou en battant les bouquets au-dessus d’un linge. Elles se conservent ensuite dans des bocaux en verre à l’abri de la lumière et de l’humidité.
Composition de la plante séchée :
- Huiles essentielles (1-3% du poids sec)
- Flavonoïdes (lutéoline, apigénine)
- Tanins
- Coumarines
- Acides phénoliques (acide rosmarinique)
Usages traditionnels de la plante séchée :
- Infusion/tisane : 1 à 2 cuillères à café de fleurs par tasse, infusion 10 minutes. Traditionnellement utilisée pour favoriser la relaxation et le sommeil.
- Sachet parfumé : quelques poignées de fleurs dans un sachet de tissu, glissé dans les armoires ou sous l’oreiller
- Bain aromatique : une poignée de fleurs dans un sachet en tissu, plongé dans l’eau chaude du bain
- Pot-pourri : mélangé à d’autres fleurs séchées pour parfumer naturellement une pièce
Conservation : Dans un bocal hermétique, à l’abri de la lumière et de l’humidité, les fleurs séchées se conservent 12 à 18 mois.
Hydrolat (eau florale)
Procédé d’obtention : L’hydrolat de lavande est obtenu par distillation à la vapeur d’eau des sommités fleuries. La vapeur traverse la matière végétale, entraîne les molécules aromatiques, puis se condense en refroidissant. À la sortie de l’alambic, l’huile essentielle (très concentrée) flotte en surface et se sépare naturellement de l’hydrolat (phase aqueuse) qui reste en dessous.
L’hydrolat correspond à cette eau de distillation qui contient une fraction de composés volatils hydrosolubles et des traces d’huile essentielle en suspension (environ 0,05 à 0,2%).
Composition de l’hydrolat : L’hydrolat contient les molécules hydrosolubles de la plante ainsi qu’une infime partie des composés de l’huile essentielle. On y retrouve principalement :
- Linalool (monoterpénol)
- Acétate de linalyle (ester)
- Traces de camphre
- Traces de 1,8-cinéole
- Composés phénoliques hydrosolubles
Note importante : la concentration de ces molécules dans l’hydrolat reste 50 à 100 fois inférieure à celle de l’huile essentielle. C’est cette dilution naturelle qui explique la douceur d’usage de l’eau florale.
Propriétés rapportées (usage cosmétique) :
- Apaisant pour les peaux sensibles (usage traditionnel)
- Rafraîchissant et tonifiant
- Activité antimicrobienne légère (études in vitro)
- Confort après-soleil (usage traditionnel)
Niveau de preuve : usage traditionnel documenté, quelques études in vitro, pas d’essai clinique robuste spécifique à l’hydrolat.
Usages cosmétiques de l’hydrolat :
- Lotion tonique visage (tous types de peau, spécialement mixtes)
- Brume rafraîchissante après-soleil
- Compresse apaisante pour peaux irritées
- Lotion capillaire pour cuir chevelu sensible
- Brume d’oreiller pour favoriser la détente
- Phase aqueuse dans les cosmétiques DIY
Conservation : Flacon opaque au réfrigérateur après ouverture. Durée : 6 à 12 mois. Jetez si l’aspect devient trouble, si l’odeur vire au vinaigre ou si un dépôt apparaît.
Précautions : Généralement bien toléré. Test cutané recommandé pour les personnes très sensibles. Utilisable chez la femme enceinte et les enfants (à partir de 3 mois) pour usage externe.
Huile essentielle
Procédé d’obtention : L’huile essentielle de lavande vraie est extraite par le même procédé de distillation à la vapeur d’eau que l’hydrolat, mais c’est la phase huileuse (qui flotte en surface) qui est récupérée et commercialisée.
Il faut environ 100 à 150 kg de sommités fleuries fraîches pour obtenir 1 litre d’huile essentielle. Le rendement varie selon l’altitude de culture, le moment de récolte et les conditions climatiques.
Composition de l’huile essentielle :
- Linalool : 25-38% (monoterpénol, odeur florale)
- Acétate de linalyle : 25-45% (ester, note douce et fruitée)
- Ocimènes : 4-10% (monoterpènes)
- Terpinène-4-ol : 1-5%
- Camphre : < 1% (c’est ce faible taux qui distingue la lavande vraie du lavandin)
- 1,8-cinéole : traces
Cette composition fait de l’huile essentielle de lavande vraie l’une des plus douces et des mieux tolérées en aromathérapie.
Propriétés rapportées (littérature scientifique) :
- Activité antimicrobienne (études in vitro contre bactéries et champignons)
- Activité anxiolytique et relaxante (études cliniques sur l’inhalation)
- Propriétés cicatrisantes et régénérantes cutanées (études précliniques)
- Activité antioxydante (études in vitro)
- Effet apaisant sur les brûlures légères (usage traditionnel documenté)
Niveau de preuve : nombreuses études in vitro, quelques essais cliniques (notamment sur l’anxiété), usage traditionnel très documenté.
Usages de l’huile essentielle :
Usage cutané (toujours diluée) :
- Diluée à 1-5% dans une huile végétale pour massage relaxant
- Diluée à 2-3% dans un baume pour favoriser la cicatrisation (plaies fermées)
- Une goutte pure sur une brûlure légère (usage d’urgence, exception)
- Diluée à 1% dans une crème pour peaux à imperfections
Usage atmosphérique :
- Diffusion aérienne pour favoriser la détente (10-15 minutes)
- Quelques gouttes sur l’oreiller (usage traditionnel, attention aux allergies)
- Dans un diffuseur d’ambiance
Usage interne : L’usage interne nécessite l’accompagnement d’un professionnel de santé formé en aromathérapie. Ne jamais ingérer sans conseil qualifié.
Précautions importantes :
- Ne jamais appliquer pure sur une grande surface (sauf exception ponctuelle)
- Déconseillée durant les 3 premiers mois de grossesse (principe de précaution)
- Déconseillée chez les enfants de moins de 3 ans sans avis médical
- Risque allergique chez les personnes sensibles au linalool
- Test cutané obligatoire avant usage étendu
- Conservation : flacon opaque, à l’abri de la chaleur et de la lumière, 3 à 5 ans
Comparaison des trois formes
| Critère | Plante séchée | Hydrolat | Huile essentielle |
|---|---|---|---|
| Concentration | Faible | Très faible | Très élevée |
| Usage | Infusion, sachet | Direct sur peau | Toujours diluée |
| Douceur | Très doux | Très doux | Puissant |
| Précautions | Minimales | Minimales | Importantes |
| Conservation | 12-18 mois | 6-12 mois | 3-5 ans |
| Prix | € | €€ | €€€€ |
| Femme enceinte | Oui (infusion) | Oui (externe) | Prudence |
| Enfants | Oui | Oui (>3 mois) | Précautions |
Ce que dit la science
La lavande vraie est l’une des plantes aromatiques les plus étudiées scientifiquement. Les recherches portent majoritairement sur l’huile essentielle, mais certaines concernent aussi les extraits, les infusions et les hydrolats.
Principales conclusions scientifiques :
- Activité anxiolytique démontrée par inhalation (essais cliniques sur l’HE)
- Activité antimicrobienne confirmée in vitro (HE et hydrolat)
- Effet cicatrisant et régénérant cutané (études précliniques sur HE)
- Bonne tolérance cutanée générale (sauf allergies au linalool)
- Usage traditionnel millénaire corroboré par les études modernes
Sources et références scientifiques
Bases de données botaniques
- Plants of the World Online (Kew) – Lavandula angustifolia : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:457845-1
Études sur la composition
- Composition chimique des hydrolats de lavande (PubMed) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Variabilité des composés volatils de Lavandula angustifolia (ScienceDirect) : https://www.sciencedirect.com/
Monographies officielles
- European Medicines Agency (EMA) – Monographie Lavandula angustifolia : https://www.ema.europa.eu/
- Pharmacopée Européenne – Lavande officinale
Études sur les propriétés
- Activité antimicrobienne des huiles essentielles de lavande : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Effet anxiolytique de l’huile essentielle de lavande (essais cliniques) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Propriétés cicatrisantes et régénérantes cutanées : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/
Organismes de référence
- Cosmébio (label cosmétique bio) : https://www.cosmebio.org/
- Ecocert (organisme certificateur) : https://www.ecocert.com/
- COSMOS Standard (référentiel international) : https://cosmos-standard.org/
Sécurité d’usage
- Règlement cosmétique européen (CE) n°1223/2009 : https://eur-lex.europa.eu/
- CosIng (base de données des ingrédients cosmétiques) : https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/
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Sources et références scientifiques
Bases de données botaniques
- Plants of the World Online (Kew) – Aloysia citrodora : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:88716-1
- The Plant List – Aloysia citrodora et synonymes
Études sur la composition
- Composition chimique et activités biologiques (ScienceDirect) : https://www.sciencedirect.com/
- Analyse des composés volatils : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Variabilité selon les conditions de culture : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/
Études sur les propriétés
- Activité antioxydante et antimicrobienne : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Propriétés digestives et antispasmodiques : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/
- Effets anxiolytiques et relaxants (études précliniques) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
Monographies et ouvrages de référence
- Pharmacopée Française – Monographie Verveine odorante
- European Pharmacopoeia – Lippia citriodora
- ESCOP Monographs – Aloysia citrodora
Sécurité d’usage
- Règlement cosmétique européen (CE) n°1223/2009 : https://eur-lex.europa.eu/
- CosIng (base de données des ingrédients cosmétiques) : https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/
- IFRA Standards (parfumerie, restrictions citral) : https://ifrafragrance.org/