La camomille romaine (Chamaemelum nobile) est une plante aromatique vivace réputée pour sa douceur et ses propriétés apaisantes. Cultivée depuis des siècles pour ses usages médicinaux et cosmétiques, elle se décline en plusieurs formes : fleurs séchées, hydrolat et huile essentielle. Chaque forme offre des usages et des propriétés spécifiques, avec une tolérance remarquable même pour les peaux les plus sensibles.
Carte d’identité botanique
Nom latin : Chamaemelum nobile (L.) All. (syn. Anthemis nobilis)
Famille botanique : Asteraceae (Astéracées)
Noms communs : Camomille romaine, camomille noble, camomille d’Anjou
Partie utilisée : Capitules floraux (fleurs)
Origine native : Açores, Europe de l’Ouest jusqu’au nord-ouest de l’Afrique
Zones de culture principales : France (Anjou particulièrement), Belgique, Angleterre
Statut de conservation : Non menacée, largement cultivée
Note sur les noms : Le nom « romaine » ne fait pas référence à Rome mais provient d’une déformation de « romane » ou « rampante ». L’Anjou (région de Chemillé) est réputé mondialement pour sa production de camomille romaine de qualité exceptionnelle.
Description botanique
La camomille romaine est une plante vivace rampante qui forme des tapis denses de 10 à 30 cm de hauteur. Ses tiges couchées puis redressées portent des feuilles finement découpées, vert clair, aromatiques au froissement.
Les fleurs, portées sur de longs pédoncules dressés (20-30 cm), sont des capitules blancs à cœur jaune ressemblant à de petites marguerites (1,5-2,5 cm de diamètre). Contrairement à la camomille allemande (Matricaria chamomilla), plus haute et annuelle, la camomille romaine est basse, vivace et forme des coussins.
Floraison : Juin à septembre, avec un pic en juillet-août.
Odeur caractéristique : Douce, légèrement fruitée avec des notes de pomme (d’où le nom de genre Chamaemelum qui signifie « pomme naine » en grec). Cette douceur olfactive la distingue de la camomille allemande, plus marquée.
Exigences de culture :
- Exposition : plein soleil à mi-ombre
- Sol : léger, sableux ou sablo-limoneux, bien drainé, légèrement acide à neutre
- Rusticité : bonne résistance au froid (-15°C)
- Climat : tempéré océanique idéal (Anjou), supporte mal la sécheresse intense
Histoire et utilisations traditionnelles
La camomille romaine est utilisée en Europe depuis l’Antiquité. Les Égyptiens la dédiaient au dieu soleil Râ pour ses propriétés curatives. Les médecins grecs et romains la prescrivaient pour apaiser diverses affections.
Au Moyen Âge, elle entrait dans la composition de nombreux remèdes monastiques. L’Anjou développa sa culture intensive au XIXe siècle, devenant le premier producteur mondial. La « camomille d’Anjou » obtint une renommée internationale pour sa qualité.
Traditionnellement, la camomille romaine s’employait :
- En infusion digestive après les repas
- En tisane calmante avant le coucher pour favoriser le sommeil
- En compresses sur la peau irritée ou sur les paupières fatiguées
- En cataplasme tiède pour apaiser les douleurs
- En rinçage capillaire pour éclaircir les cheveux blonds
- En bain aromatique pour détendre et apaiser les bébés
- En huile essentielle pour ses propriétés relaxantes
Les différentes formes d’extraction et d’utilisation
Fleurs séchées
Procédé de séchage : La récolte s’effectue en pleine floraison, par temps sec, le matin après la rosée. On cueille les capitules floraux (les « fleurs ») à la main ou à l’aide de peignes spéciaux qui les détachent des tiges.
Les fleurs séchées conservent leur forme et leur couleur crème-jaune. Elles se stockent dans des bocaux hermétiques à l’abri de la lumière et de l’humidité.
Usages traditionnels des fleurs séchées :
- Compresse apaisante : infusion refroidie ou tiède, imbibée sur un linge propre, appliquée sur la peau irritée ou les paupières fatiguées (10-15 minutes)
- Bain pour bébé : une poignée de fleurs dans un sachet en tissu, infusée dans l’eau du bain (tradition ancienne pour apaiser les bébés)
- Inhalation aromatique : quelques fleurs dans un bol d’eau chaude, respirer les vapeurs pour dégager les voies respiratoires (usage traditionnel)
Conservation : Dans un bocal hermétique à l’abri de la lumière et de l’humidité, les fleurs séchées conservent leurs propriétés 12 à 18 mois.
Hydrolat (eau florale)
Procédé d’obtention : L’hydrolat de camomille romaine est obtenu par distillation à la vapeur d’eau des capitules floraux, frais ou légèrement séchés. La vapeur traverse les fleurs, entraîne les molécules aromatiques, puis se condense.
Deux phases se séparent : l’huile essentielle (précieuse et chère) flotte en surface, l’hydrolat reste en dessous. Ce dernier contient les composés hydrosolubles.
La distillation peut s’effectuer sur fleurs fraîches (notes plus vertes) ou sur fleurs légèrement séchées (notes plus rondes et concentrées). Les deux méthodes donnent des hydrolats de qualité.
Composition de l’hydrolat : L’hydrolat contient une fraction des composés de l’huile essentielle, très dilués : Esters (angélate d’isobutyle, angélate d’isoamyle) en traces, Pinocarvone (cétone) en traces, 1,8-cinéole en traces, α-pinène en traces, Composés phénoliques hydrosolubles
Note importante : La concentration de ces molécules dans l’hydrolat reste 50 à 100 fois inférieure à celle de l’huile essentielle. C’est cette dilution qui explique la douceur exceptionnelle de l’eau florale de camomille romaine.
Propriétés rapportées (usage cosmétique) :
- Apaisant et adoucissant pour les peaux sensibles et réactives (usage traditionnel millénaire)
- Confort après-rasage (usage traditionnel)
- Douceur pour les peaux de bébés (usage traditionnel avec précaution)
- Rafraîchissant et anti-rougeurs léger (effet sensoriel + usage traditionnel)
Niveau de preuve : usage traditionnel très documenté, monographie EMA (HMPC) sur la plante, cohérence avec la composition chimique douce, peu d’études cliniques spécifiques sur l’hydrolat.
Usages cosmétiques de l’hydrolat :
- Lotion apaisante pour peaux réactives et sensibles
- Compresse sur irritations légères (rougeurs, après-épilation, coup de soleil léger)
- Lotion après-rasage (visage et corps, hommes et femmes)
- Routine bébé avec avis pédiatre (siège, petites rougeurs, après 3 mois)
- Démaquillant très doux
- Brume anti-rougeurs (à conserver au frais)
- Phase aqueuse dans cosmétiques DIY pour peaux sensibles
- Soin des mains abîmées ou irritées
Conservation : Flacon opaque au réfrigérateur après ouverture. Durée : 6 à 12 mois. Jetez si l’aspect devient trouble, si l’odeur vire ou si un dépôt apparaît.
Précautions :
- Allergies possibles aux Astéracées (marguerite, bleuet, pissenlit, arnica) : allergie croisée possible
- Test cutané recommandé même si très bien tolérée généralement
- Contact avec les yeux : éviter (même si moins irritant que d’autres hydrolats)
- Femme enceinte et allaitante : généralement bien toléré pour usage externe (usage traditionnel ancien)
- Bébés et enfants : généralement bien toléré à partir de 3 mois, demander l’avis du pédiatre pour les tout-petits
Huile essentielle
Procédé d’obtention : L’huile essentielle de camomille romaine est extraite par distillation à la vapeur d’eau des capitules floraux. Le rendement reste faible : environ 0,4 à 1,5% du poids de plante sèche, ce qui explique son prix élevé (bien qu’inférieur à la rose ou l’immortelle).
La distillation doit être lente et douce pour préserver les esters délicats qui donnent à cette huile essentielle sa douceur caractéristique.
Composition de l’huile essentielle :
- Esters (60-80% de l’HE) : angélate d’isobutyle (35-50%), angélate d’isoamyle, angélate de 2-méthylbutyle
- Pinocarvone : 5-15% (cétone)
- 1,8-cinéole : traces à 5%
- α-pinène : 1-8%
- Chamazulène : traces (composé bleuté formé lors de la distillation, anti-inflammatoire)
Les esters, composés majoritaires, sont responsables de la douceur, de l’odeur fruitée (pomme) et des propriétés calmantes de l’huile essentielle de camomille romaine.
Propriétés rapportées (littérature scientifique) :
- Activité apaisante et relaxante (usage traditionnel très documenté, études préliminaires)
- Propriétés antispasmodiques (études précliniques sur extraits/HE)
- Activité anti-inflammatoire (études in vitro, chamazulène notamment)
- Effet calmant sur le système nerveux (usage traditionnel en aromathérapie)
- Bonne tolérance cutanée (une des HE les plus douces)
Niveau de preuve : études in vitro et précliniques, monographie EMA sur la plante, usage traditionnel millénaire très documenté, peu d’essais cliniques robustes sur l’HE spécifiquement.
Usages de l’huile essentielle :
Usage cutané (toujours diluée) :
- Diluée à 1-3% dans une huile végétale pour massage relaxant
- Diluée à 1-2% dans une crème pour peaux sensibles ou réactives
- Diluée dans un baume pour son parfum doux et ses propriétés apaisantes
- Quelques gouttes diluées dans une huile pour massage du ventre (spasmes légers, usage traditionnel)
Usage atmosphérique :
- Diffusion aérienne pour favoriser la détente et le sommeil (10-15 minutes avant le coucher)
- En synergie avec lavande, petit grain bigarade, mandarine (ambiance relaxante)
Usage olfactif :
- 1 goutte sur un mouchoir ou l’oreiller (usage traditionnel pour favoriser le sommeil, attention aux allergies)
- En inhalation sèche pour se calmer (stress ponctuel)
Précautions importantes :
- Une des huiles essentielles les plus douces et les mieux tolérées
- Généralement utilisable chez la femme enceinte (après 3 mois) et allaitante en dilution faible (demander avis médical)
- Utilisable chez les enfants à partir de 3 ans en dilution faible
- Certains praticiens l’utilisent même chez les bébés (à partir de 3 mois) en dilution très faible (0,5%) : demander impérativement l’avis d’un professionnel formé
- Allergies possibles aux Astéracées : test cutané recommandé
- Conservation : flacon opaque, à l’abri de la chaleur et de la lumière, 3 à 5 ans
Note EMA : L’Agence Européenne des Médicaments (EMA) a publié une monographie officielle sur Chamaemelum nobile reconnaissant ses usages traditionnels et sa bonne tolérance générale pour usage externe.
Comparaison des trois formes
| Critère | Fleurs séchées | Hydrolat | Huile essentielle |
|---|---|---|---|
| Concentration | Faible | Très faible | Élevée |
| Usage | Infusion, compresse | Direct sur peau | Toujours diluée |
| Odeur | Douce, pomme | Douce, fruitée | Intense, pomme-miel |
| Douceur | Très doux | Très doux | Doux (pour une HE) |
| Précautions | Minimales | Minimales | Modérées |
| Conservation | 12-18 mois | 6-12 mois | 3-5 ans |
| Prix | € | €€€ | €€€€ |
| Femme enceinte | Oui (infusion) | Oui (externe) | Oui (après 3 mois, dilué) |
| Enfants | Oui | Oui (>3 mois) | Oui (>3 ans dilué) |
Ce que dit la science
La camomille romaine a fait l’objet de recherches scientifiques et de monographies officielles, notamment par l’Agence Européenne des Médicaments (EMA).
Principales conclusions scientifiques :
- Composition riche en esters apaisants bien caractérisée
- Activité anti-inflammatoire et antispasmodique documentée (études précliniques)
- Usage traditionnel millénaire reconnu officiellement (monographie EMA)
- Bonne tolérance générale confirmée
- Propriétés calmantes et relaxantes cohérentes avec la composition et l’usage traditionnel
- Une des plantes les plus douces de l’aromathérapie
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Sources et références scientifiques
Bases de données botaniques
- Plants of the World Online (Kew) – Chamaemelum nobile : https://powo.science.kew.org/taxon/urn:lsid:ipni.org:names:162471-1
- Flora Europaea – Chamaemelum nobile
Études sur la composition
- Composition de l’huile essentielle (European Medicines Agency) : https://www.ema.europa.eu/
- Analyse des esters caractéristiques : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
Monographies officielles
- European Medicines Agency (EMA) – HMPC Monograph Chamaemelum nobile : https://www.ema.europa.eu/en/medicines/herbal/chamomile-nobile-flos
- Pharmacopée Européenne – Camomille romaine : https://pharmacia.pensoft.net/
- ESCOP Monographs – Chamaemelum nobile
Études sur les propriétés
- Activités anti-inflammatoires et antispasmodiques : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
- Propriétés apaisantes (études précliniques) : https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/
- Usage traditionnel documenté (ethnobotanique) : https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/
Sécurité et réglementation
- Règlement cosmétique européen (CE) n°1223/2009 : https://eur-lex.europa.eu/
- CosIng (base de données des ingrédients cosmétiques) : https://ec.europa.eu/growth/tools-databases/cosing/